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par Drahe » 18 avr. 2013, 02:46
Globalement, à son stade de développement, le reproche principal que j'ai à faire au jeu est son manque d'originalité et de détail. Une critique assez relative, car le jeu n'est pas du tout fini.
Les règles ont l'air de tourner, et quelques adaptations de plus feront de Veritas un jeu possédant correctement le système mis au point pour Antychrist, ce n'est pas de ce coté que je lorgne.
Ce qui me gene, c'est le manque d'esthétique et d'idéologie du jeu. Ces aspects sont encore à l'état de squelette et ne permettent pas à Veritas de se démarquer pour prendre son essors.
Il y a une faille, profonde, dans les motivations des uns et des autres. Les PJs ne savent pas pourquoi ils se révolteraient, et les PNJs sont trop flous. Le décor est censé aller de soi, mais ce n'est pas le cas. Une société aseptisée et heureuse, ça n'existe pas, il faut etre plus partisan et descriptif. Il faudrait nous dire que la masse aveugle est baignée de préoccupations triviales, décrire les modes, les personnalités dont on parle, les musiques, donner le ton de l'industrie culturelle et décrire les manières qu'a le système d'éliminer ou autoriser les contre-courants. Laisser entendre qu'il y a une censure parfaite de la créativité, et pas seulement de la réalité. Concrètement, ça veut dire que pour l'instant, les PNJs de Veritas forment une masse aveugle (comme dans Delta Green) seulement décrite comme "heureuse, insouciante, etc..."
Cela n'existe pas, et pire: ne donne pas d'indications aux joueurs sur la tonalité et le contenu de l'univers de jeu. Si la masse est vide d'un point de vue intellectuel, cela veut dire qu'elle est remplie et débordante d'idéologies, de modes, de cultes et de loisirs qui confinent tous au vide intellectuel, mais qui représentent un énorme volume d'informations de divertissement, un volume problématique d'un point de vue culturel et informatique. Peut-etre que certains individus se lassent des successions de modes stupides, auquel cas il faut voir ce que les unités Serum proposent (certainement pas un enlèvement en public façon raffle de la Gestapo). Peut-etre que les Scorpions ont des problèmes de mémoire vive à force de télécharger des To de catalogues coiffure et chaussures, d'émissions putassières à la propagande décomplexée, et de musiques ineptes.
Pour que ce vide rempli de futilité devienne palpable, il faut concrètement lui donner des visages humains. Il faut des mannequins coiffure bombardés journalistes nationaux, comme Laurent Delahousse, ou des clones livides choisis pour leur transparence sympathique et inoffensive, comme Poujadas. Il faut des célébrités d'un jour à la vulgarité délicieusement banale, comme Nabila aujourd'hui, ou Zahia pour ceux qui s'en souviennent, ou Loana si on la déterre des archives. Il faut des shows grotesques qui enthousiasment la population au point d'éclipser tous leurs problèmes, comme des matchs de football ou des élections de miss. Il faut que la réalité augmentée imposée soit arrogante, vulgaire, attrayante et écoeurante à la fois, putassière comme une émission de télé-réalité qu'on ne zappe pas, parce qu'elle est étourdissante de connerie, donc reposante.
Enfin, il faut des préoccupations organisées, des manipulations médiatiques qui donnent l'impression que tout va bien, que quelqu'un là-haut s'occupe de penser pour nous aux choses sérieuses et qu'on peut retourner regarder Loft Story en paix. Un débat sur l'identité nationale par exemple!
D'autre part, et ce sera difficile, il serait bon d'utiliser une novlangue des archologies. C'est un peu référencé, l'allusion à Orwell est transparente, mais c'est efficace. Imaginer un gouvernement qui ait le culot d'ordonner qu'on remplace le mot "vidéo-surveillance" par "vidéo-protection" par exemple, une telle mesure serait une preuve incontestable qu'on est dans un monde de propagande qui ne s'embarrasse plus de la subtilité et qui prend directement les gens pour des dindes en sachant que ça va passer.
Mais bon, tout ça n'est heureusement qu'une fiction, et les personnages-joueurs de Veritas auront beaucoup d'idoles à briser et de barrières à lever pour s'affranchir de l'illusion made in Veritas.
